LES PONTS: L’ENTREPONT

 

Infirmerie (B)


    « Un camarade que j’aimais se présenta à moi dans un état déplorable ; il avait une flèche enfoncée dans   l’œil.  Ce  malheureux, répandant une prodigieuse  quantité  de sang de  son œil blessé  et autant  de larmes de celui qui ne l’était pas, me pria avec insistance  de lui retirer la flèche qui lui causait une violente  douleur ; et, comme  il voyait que la pitié m’empêchait  de le secourir assez promptement, il se l’arracha lui-même.

A.O. Oexmelin : « Histoire des Flibustiers du Nouveau Monde »

Salle

    Le Chirurgien loge dans l’infirmerie, qui lui sert aussi de lieu de travail. Il y soigne ses patients en dehors du combat naval, pendant lequel ils sont trop nombreux pour loger dans une si petite pièce.

Combat Naval

    En combat, les amputations et les cautérisations sont effectuées dans la cuisine, emplie des cris de douleurs des hommes à qui on  enlève  un  bras  ou  une  jambe,  et  des derniers râles des mourants. Les survivants d’un combat devront parfois attendre des heures avant de passer sur la table d’opération. Les premiers soignés ont bien plus de chances de survivre que leurs suivants, car chaque intervention dure de cinq à quinze minutes, et il faut beaucoup moins que cela à un homme pour mourir d’une jambe à moitié arrachée.

Soins

    Les hommes nécessitant des soins constants sont isolés dans l’infirmerie, jusqu’à un rétablissement suffisant. Le confort après l’intervention influe autant sur la survie des blessés que les interventions elles-mêmes, et c’est au chirurgien de modérer les ardeurs du capitaine  en  lui  rappelant  que  chaque  jour passé dans le gros temps, et a fortiori si le navire charrie de la toile – porte plus de voiles qu’il ne devrait – verra la mort d’un nouveau blessé.

Trousse  de Soin

    Le Chirurgien  de Bord tient  aussi le rôle de médecin, et doit renouveler  souvent son  stock de médicaments, qui s’épuise à grande vitesse lors d’une épidémie ou d’un combat naval. Ce trousseau de soin comprend :

  Instruments de Chirurgien : Le chirurgien a besoin, pour opérer ses patients, que ce soit  pour  retirer  une  balle  ou  pour amputer un membre, d’une scie, de couteaux fins et aiguisées, de pinces pour par une fièvre quelconque peut être attribuée  à  la  blessure.  Tous  ces instruments existent dans toutes les tailles possibles, en fonction de la zone à opérer et du résultat escompté. Une opération chirurgicale se termine souvent par la mort du patient, et d’autant plus souvent que le médecin est inexpérimenté.

  Alcool :  Le  chirurgien  se  sert  de  l’alcool parfois  pour  laver  les  plaies,  mais  bien plus souvent pour anesthésier un patient avant de l’amputer. Cette anesthésie prend du temps et est coûteuse en alcool, c’est pourquoi elle est remplacée en combat par un morceau de cuir ou de bois entre les dents  pour  ne  pas  se  mordre  la  langue sous la douleur.

  Herbes :    Les    herbes    utilisées    par    le chirurgien peuvent être des herbes européennes reconnues par les académies de médecine. Le stock de ces herbes et autres baumes tout prêts est difficilement renouvelable : à  prix  d’or  et  seulement dans les plus grandes villes. Avant 1700, il est exclu d’en trouver en dehors de l’Europe. Ce manque pousse les médecins à  expérimenter  eux-mêmes,  pour  déceler les vertus curatives des plantes des Caraïbes. Les îles Caraïbes regorgent d’ailleurs  de  plantes  aux  bonnes  vertus, très bien connues des indiens. Il reste à un chirurgien pragmatique à noter ses expérimentations médicales dans un journal et à rester à l’écoute d’autres médecins du nouveau monde, ou à se fier à  une  science  plus  ancienne.  Les chirurgiens ont en effet beaucoup à apprendre des indiens du nouveau monde qui n’ont pas encore été exterminés, car ils possèdent une excellente connaissance des propriétés des plantes du nouveau monde et de la façon de les faire ressortir.

  Matériel d’Herboristerie : Si un chirurgien se sent l’âme d’un herboriste, il possède probablement aussi de quoi préparer des décoctions, beaumes et filtres à partir des herbes trouvées sur les îles.


Atelier du Maître Charpentier (C)

Aspect

    L’atelier du Maître Charpentier est équipé pour que plusieurs personnes puissent y vivre : coffres, hamacs. Jouxtant la partie habitable, l’atelier contient des lourdes pièces de bois, allant du tronc mal équarri au mât de misaine prêt à l’assemblage. Le Maître Charpentier travaille sur une vaste table de chêne,  qui  peut  lui  servir  à  scier  du  bois comme  à  tracer  les  plans  d’une  innovation pour le navire.

Types  de Réparation

    Dans son atelier, le Maître Charpentier prépare les pièces de bois nécessaires à la réparation   de   la   coque :   bordé,   couples, gouvernail, accastillage, bastingage et lattes du pont, ainsi que la mâture : tronçons de mâts, vergues, cornes, bômes et antennes. Ces pièces sont préparées longtemps à l’avance, afin d’accélérer la réparation. Lors d’un combat, les réparations doivent être faites très rapidement, et pour des pièces de formes peu prévisibles. Le Maître Charpentier exécute alors des réparations de fortune, qui doivent tenir le temps de faire plus solide.

Processus de Réparation

    La réparation finale se fait donc en trois temps. D’abord, le Maître Charpentier inspecte le navire pour évaluer les dégâts. Il présente ses remarques au second ou au capitaine, en lui précisant les risques de la non-réparation des dommages, pour qu’il puisse trancher. Le capitaine peut lui demander d’opérer des réparations  alors  que  le  navire  navigue,  ou bien d’entretenir les réparations de fortune jusqu’au prochain mouillage, où tout pourra être réparé au calme. Ensuite, le Maître Charpentier prépare les pièces à réparer qu’il n’a pas dans son stock. Enfin, il effectue la réparation proprement dite. Il doit réparer rapidement, si le navire est sous voiles, pour ne pas l’immobiliser trop longtemps, par exemple pour dresser un mât. Le Maître Charpentier  réquisitionne  alors  les  matelots qui ne sont pas de manœuvre sur le moment pour l’aider à réparer.

Outils

    Le Maître Charpentier utilise des outils variés, qui lui permettent de donner au bois sa nouvelle forme. Ces outils doivent permettre de  séparer une pièce de  bois  en  deux, d’associer des pièces de bois, de creuser ou raboter le bois et aussi de le tordre. Le Maître Charpentier sépare une pièce de bois en deux à l’aide d’une scie, d’une masse et d’un coin, ou d’une hache. Pour associer deux pièces de bois, complémentaires, par exemple en creusant une fissure en biseau dans l’une, correspondant à une excroissance de l’autre. Il utilise aussi des chevilles de bois et des clous, qu’il enfonce à grand coup de marteau ou de maillet. Pour creuser une pièce de bois il utilise une herminette, et un rabot pour la finition. Pour donner au bois une forme courbe, se contenter de le tordre le casserait net. Le Maître Charpentier effectue la torsion du bois en le plongeant dans de la vapeur d’eau. Lorsqu’il fait aussi office de forgeron, il utilise bien sûr les outils adéquats, mais ne peut le faire qu’à terre, car la manipulation du feu à bord est dangereuse et doit être limitée au strict minimum.

Matière Première

    De nombreux types de bois dont le chêne, le  pin  et  le  hêtre,  sont  à  la  disposition  du Maître Charpentier pour la réalisation de ses pièces de réparation. Il les choisit en fonction de leurs propriétés physiques adaptées à l’usage qu’il veut en faire. Le chêne est un bois lourd, dense et résistant, parfait pour la quille, les couples, les mâts et le bordé de l’entrepont. Le hêtre est un bois très rigide, qui est utile pour les vergues. Le pin est un bois flexible qui peut servir à latter le pont par exemple.

(*) Plans

    Le Maître Charpentier, s’il se sent la fibre de l’ingénierie navale, peut entreprendre des améliorations  des  qualités  Nautiques  du navire ou des aménagements. Certains d’entre eux nécessitent une totale révision de la structure du navire et restent difficilement envisageables. D’autres peuvent prendre corps plus facilement. Le genre d’innovation dont le Maître Charpentier est l’auteur peuvent supprimer un défaut structurel du navire, comme un mât trop sur l’avant, ou bien être plus cosmétique, comme rajouter des pièces de canon, sans déstabiliser le navire bien sûr. Avant de procéder aux modifications de la coque, une série d’esquisses s’imposent, pour prendre conscience de la faisabilité de ces innovations.

Une   fois   les   plans   prêts,   Le   Maître Charpentier    pourra    toujours    essayer    de convaincre le capitaine – ou l’équipage dans son ensemble sur un navire pirate – d’accepter la modification. Comme en général les décideurs trouvent toujours à redire, on peut trouver sur l’établit du Maître Charpentier des dizaines d’ébauches de plans témoignant de l’imagination du créateur. Les plans sont tracés sur parchemin avec des mines de plomb ou de graphite.

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