LES PONTS: LE PONT

 

Les Trois Feux

    Pour des raisons de sécurité, le feu doit être cantonné à trois endroits : la salle du conseil à l’usage du capitaine, les cuisines pour préparer l’ordinaire, et la Sainte-Barbe pour allumer les boutefeux.


Relations de l’Équipage avec son Navire

    L’équipage considère son navire comme un être vivant, à qui il attribue un caractère en fonction de ses qualités nautiques dans les différentes allures. On peut le dire fainéant au près, lorsqu’il se traîne, capricieux au largue, quand il est prompt aux embardées, mais il peut  aussi  être  docile,  s’il  est  parfaitement équilibré. C’est aux trois Maîtres, s’ils le désirent, de légèrement modifier la carène ou la voilure pour lui donner meilleur caractère.

    Les hommes d’équipage sont si attachés à leur mode de vie qu’ils se souviendront toute leur vie d’un navire qu’ils ont perdu. Ils ont l’impression de vivre plus avec lui qu’avec les autres hommes d’équipage, comme si c’était le navire qui faisait les marins. L’équipage prend du temps à domestiquer un nouveau navire et pour cette raison, il hésite toujours avant d’en changer. Si les navires marquent les hommes d’équipage, leurs compagnons, s’ils meurent, sont  vite  oubliés,  car  il  n’est  pas  donné  au marin de temps pour vraiment réaliser qu’il a perdu un proche. La douleur accompagnant la perte d’un navire affecte d’autant plus les hommes d’équipage que cela les plonge dans l’oisiveté le temps d’en trouver un autre. Ils pensent avec nostalgie à toutes leurs joies lorsqu’ils servaient à son bord, aux difficultés et aux coups du sorts aussi, dont le moindre détail est transformé en travail d’Hercule dans leurs histoires.

    Au contraire, pour un navire qui est une vraie plaie navigante, prenant l’eau de toute part et portant la poisse, l’affection de l’équipage se transforme lentement mais définitivement en aversion et le donner aux flammes sera un plaisir, comme si les mauvais souvenirs brûlaient de même.


Chez les Flibustiers

    Les flibustiers ne sont pas à proprement parler   des   marins   et   s’attachent   peu   aux navires sur lesquels ils naviguent. Ils vouent leur vie à la fortune qui les attend sur les mers plutôt  qu’au  navire  lui-même.  Ils  ne  se donnent d’ailleurs même pas la peine de rebaptiser leur nouveau navire. Ils s’attachent par contre beaucoup à leur arme : leur fusil de boucaniers, qui à leur côté a connu tant de victoires.

    Les flibustiers sont donc des pragmatiques, qui abandonnent sans état d’âme un navire s’ils font  une  meilleure  prise.  S’ils  se  retrouvent sans navire, ils n’ont pas de quoi se lamenter et se mettent en marche pour trouver le chemin de la fortune ou du retour à La Tortue ou à la Jamaïque.


Chez les Pirates

    Pour les pirates, le navire représente toute leur nouvelle vie qui commence. Ils le rebaptisent donc dès qu’ils en ont pris possession. Les noms des navires pirates reflètent en général leur révolte. Leur navire peut   s’appeler   « Victory »,   mais   bien   plus souvent  « Revenge »,  « Liberty »  ou,  comme celui   de   Teach   « Queen   Ann’s   Revenge ».

    Lorsqu’ils possèdent une petite flotte, ils peuvent donner à chacun de leur navire un nom correspondant à sa fonction. Un deux- ponts   ou   une   frégate   s’appelleraient   alors « Amiral », une goélette à hunier « Pirate »,    un sloop  rapide « Corsaire », un navire    servant à porter les vivres « Allège ».

    Les pirates se sont engagés dans cette voie pour le restant de leur vie, ensemble et sur le même navire. Ils n’en changeront que si le nouveau est meilleur marcheur de façon évidente que l’ancien ou s’ils y sont forcés. Ils brûlent alors leur vieux navire la larme à l’œil. Le plus souvent toutefois, ils laissent repartir leur prise ou la brûlent, mais restent sur leur propre navire. S’ils sont suffisamment nombreux pour manœuvrer deux navires à la fois,  il  ajoutent  volontiers  un  navire  à  leur flotte, ce qui leur ouvre de nouveaux horizons en  matière  de  stratégie,  pour  exploiter  au mieux les qualités nautiques de chacun.

    Lorsque des pirates mettent la main sur un navire venant d’une ville qu’ils exècrent, pour des raisons très personnelles, il peuvent offrir quartier à l’équipage, mais brûlent systématiquement  le  navire,  comme  marque de leur revanche. Brûler un seul navire venant d’une ville ne leur suffit pas, et il y a fort à parier  que  quelques  années  plus  tard,  s’ils n’ont pas été pendus, ils brûleront encore tous les navires qu’ils croiseront en provenance de cette ville. Pour exemple de cette soif de vengeance, Bartholomew Roberts a eu des démêlés avec les villes de la Barbade et de la Martinique. Lui et son équipage en furent tellement fous de rage que la Martinique et la Barbade eurent le privilège d’apparaître sur leur Jolly Roger – pavillon noir.

    Les pirates connaissent la faim et la soif, la guigne qui les fait passer loin des routes commerciales, les tempêtes, mais ce qu’ils auraient le plus de mal à supporter serait de perdre leur navire. Une telle perte leur est fatale, car les navires sont beaucoup plus difficiles à prendre lorsqu’on est un pirate notoire, que pendant les débuts de la flibuste. Il leur reste comme seule chance pour poursuivre sur la voie de la révolte, de rencontrer un pirate qui daignerait les prendre à son bord et leur donner sa prochaine prise. Cette solidarité n’est pas rare, encore faut-il tomber sur un pirate et non sur un navire de la Royale en mal de pendaison Enfin,  les  pirates  sont  des  marins accomplis, qui ne quittent guère leurs navires. Les  attaques  de  villes  par  des  pirates  sont rares, car les villes sont beaucoup mieux défendues qu’elles ne l’étaient auparavant. De toute façon, l’attaque d’une ville est une action de trop grande envergure, qui nécessiterait l’association de cinq ou six pirates, avec son lot de trahison et de dissensions. Ces dissensions n’affectent pas les flibustiers agissant en grand nombre, car ils n’appartiennent pas spécialement à un équipage, mais bien plutôt à la communauté des « Frères de la Côte ».

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