LES PONTS: LA CALE

 

Sainte Barbe (E)


    « Les deux vaisseaux, étant accrochés, sautèrent tous deux en l’air et firent le plus terrible bruit qu’on eut jamais ouï. Il est impossible  de faire une peinture  de cet affreux spectacle, les acteurs d’une si sanglante scène ne se trouvant en état d’en juger eux-mêmes que par les maux qu’ils en ont ressentis. On laisse au lecteur à s’imaginer l’horreur que peut donner la vue de  deux  vaisseaux   que la poudre enlève  à plus de deux cents  toises  dans un fracas épouvantable, faisant  comme une montagne d’eau, de feu, de débris de toute espèce.[...]

    Il était méconnaissable : le feu de la poudre lui avait brûlé le côté, les cheveux  et le visage,  et  le grand bruit de ce feu avait causé un tel étonnement dans tous ses organes qu’on lui avait vu rendre le sang par le nez, par les oreilles  et par la bouche, comme il arrive ordinairement aux bombardiers qui servent sur mer. »

    A.O. Oexmelin : « Histoire des Flibustiers du Nouveau Monde »

   La soute aux poudres, que l’on appelle Sainte-Barbe, du nom du patron des artilleurs, contient la poudre à canon et les boulets de canons, les boulets ramés ainsi que les biscayens – mitraille. La soute aux poudre doit être protégée de ses deux ennemis : le feu et l’eau de mer. Pour éviter que les trous dans la coque ne mouillent la poudre et la rendent totalement  inutilisable,  la  soute  aux  poudres est  entourée  par  la  soute  aux  biscuits.  Pour plus de sécurité encore, la poudre est stockée dans des tonnelets étanches et parfaitement alignés, loin du foyer qui brûle au centre de la pièce. Il est rare que les boulets de canons arrivent jusqu’à la Sainte Barbe, car il doivent pour cela non seulement toucher les œuvres vives du navire mais aussi traverser la soute aux biscuits.

  La Sainte Barbe renferme aussi, paradoxalement, un des trois feux du navire, afin de pouvoir travailler dans des bonnes conditions de luminosité et d’allumer les boutefeux. Le foyer est enfermé dans une cage suspendue  au  plafond  et  possédant  une double  épaisseur  de  grillage.  Les  boutefeux sont rangés contre la cloison de la soute aux poudres. Ils sont allumés lors du branle-bas de combat   et   le   restent   pendant   des   heures durant. Si l’un d’eux vient à s’éteindre, le servant de pièce responsable du boutefeu revient dans la Sainte Barbe pour le rallumer. La Sainte Barbe contient aussi les gargoussiers, sacs de cuir servant à remplir les gargousses de poudre. L’intérieur cylindrique du gargoussier, attaché au bout d’un bâton, est recouvert de gros papier et rempli de poudre.

   Le servant de pièce, appelé aussi gargoussier, il est chargé du transport et de la recharge du gargoussier, charge le canon de poudre en perçant la gargousse et en enfonçant le gargoussier dans la gueule du canon, pour que la poudre se verse au fond. Il retire ensuite le gargoussier en tirant sur le bâton auquel il est lié. Pour surveiller le foyer et la poudre, le Maître Canonnier à ses quartiers sur place et est chargé de leur entretien. Sur les navires de guerre, la soute aux poudres est gardée étroitement par les gardes marines, pour éviter tout sabotage.

    Un incendie dans la Sainte Barbe fait exploser la poudre et volatilise l’arrière du navire, sur presque tous les navires, et l’avant sur les navire Anglais. Les rares survivants de l’explosion sont projetés à plusieurs dizaines de mètres au-dessus de l’eau, puis retombent en priant pour éviter de s’écraser sur un espar, d’en recevoir un ou pire, un canon, sur la tête. L’explosion de la soute aux poudres est un désagrement rarement accidentel et bien plus souvent criminel. La technique du brûlot utilise cette  explosion  à  bon  escient  en projetant un navire sacrifié pour la cause. Le brûlot est chargé de poudre sur l’avant : point de contact avec la cible. Il est possible d’en badigeonner  le  bastingage  avec  de  la  poix, pour communiquer l’incendie à la victime et augmenter ainsi les chances de la détruire.

    Pour ce type de combat non conventionnel, la soute aux poudres peut aussi contenir des tonneaux de feux grégeois, arme dangereuse sur un navire, mais hautement efficace lorsqu’on ne désire pas faire une prise mais détruire son adversaire.


Soute au Biscuit (F)


    Le biscuit occupe les soutes de la poupe, afin  de  protéger  la  Sainte-Barbe  et  d’être  à l’abri de l’eau de mer. En effet, l’eau de mer qui pénètre au travers de la coque d’un navire se stocke au pied du grand-mât, d’où elle est évacuée par la pompe principale du navire. Au pire, l’eau de mer est absorbée par le biscuit, qui devra être consommé rapidement sous peine de devenir immangeable. Le biscuit marin est absolument excellent et être réduit à ne manger que du biscuit n’a rien d’un calvaire.


Pompe

    L’eau de mer contenue dans les cales descend jusqu’en bas du grand mât, d’où elle est projetée par la pompe jusqu’à l’extérieur du navire. L’usage de la pompe est d’autant plus éreintant que  le  navire  embarque  d’eau.  Les hommes doivent se succéder rapidement à la pompe, sans pouvoir faire autre chose quand il sont relevés que de récupérer un bon moment. S’ils quittent leur poste et que les voies d’eau ne sont pas aveuglées, le navire embarque tant d’eau en quelques minutes qu’il sombre définitivement vers le fond.

Soute.html
Entrepont.html